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Aliette Armel à la rencontre de Marguerite Duras

Un bel article sur le premier volume consacré à Marguerite Duras dans la série de livres que j’inaugure aux éditions Le Passeur. J’y présente les auteurs dont la rencontre m’a marquée au fil de quarante ans de critique littéraire.
Marguerite Duras a été la première : je reviens toujours vers son œuvre avec autant de bonheur !
Je vous invite à me suivre dans sa compagnie, puis dans celle de JMG Le Clezio, de François Cheng, de Sylvie Germain…

2018-05-03-LE TREGOR-03_09 MAI 18

Pourquoi se confronter à l’écriture ? (Réflexions du matin)

 

Pourquoi se confronter à l’écriture ?

  • Pour se découvrir soi-même : le mécanisme particulier de l’écriture révèle des parts de soi jusqu’alors cachées et inaccessibles (« L’ombre interne » évoquée par Marguerite Duras[1])
  • Pour libérer à travers la résonance des mots et des phrases, à travers la construction de récits portés par des personnages, le plus intense des expériences, des sensations, des émotions, des réflexions qui nous traversent
  • Pour transcender le Jadis (selon la formule de Pascal Quignard[2]), pour comprendre le présent, pour être dans une dynamique d’avenir
  • Pour s’ouvrir au monde : à ce qu’il est, à ce qui l’a construit, à ceux qui y ont vécu et qui y vivent, aux perspectives qui s’annoncent
  • Pour se doter d’un espace de création à travers des outils patiemment forgés
  • Pour entrer en contact avec les autres par le biais d’une œuvre personnelle
  • Pour faire entendre sa voix, porter sa propre vision du monde et sa manière d’y exister
  • Pour transmettre ce qui nous a constitué et porté, nous et notre environnement proche et lointain.
  • Pour éprouver le plaisir de créer, de mener à bien une entreprise entièrement personnelle, qui n’existe que par soi.
  • [1] Écrire est une occupation tragique plongeant au fond d'un inconnu de soi, dans cette zone indéfinissable que Marguerite Duras appelle « l'ombre interne » [forgée dans « la chambre noire de l’écrit »], nourrie par la mémoire et l'oubli, proche de l'inconscient mais aussi de cet état de folie à la limite de laquelle se tient l'auteur. » Aliette Armel, « Marguerite Duras », Encyclopaedia Universalis
    [2] « Tout ce qui a un sens suppose un revenir ;
    
    une maison de famille ;
    
    une mère dans la mémoire ;
    
    un jardin clos ;
    
    le mur d’un temple détruit par l’empereur Titus ;
    
    un secret, un trésor, un musée à l’abri des vieilles enceintes d’un vieux palais au cœur d’une vieille cité le long d’une vieille rivière ;
    
    un asile du Jadis ». Pascal Quignard, Sur le jadis, p. 72.

     

 

Erri de Luca et Balzac – Livre Forum 4 mai 2017

LE LIVRE FORUM – LIBRAIRIE LE COMPTOIR DES LETTRES
Délocalisation exceptionnelle : Restaurant Chefs de quartier 12 rue du Jura 75013 Paris

LE LIVRE FORUM – 4 mai 2017 – 18h00

animé par Aliette Armel, écrivain et critique et Clémence Cochan, libraire.

Un livre de l’actualité littéraire mis en relation avec un livre « du fond » autour d’un thème commun.

4 mai – En quête de beauté et d’absolu
Un sculpteur du XXI° siècle chez Erri De Luca, un peintre du XVII° siècle chez Balzac, traquent l’absolu de la beauté à travers la nudité de leur modèle : un sexe d’homme chez l’un, une jeune femme chez l’autre. Pour l’atteindre, leur quête passe par bien des détours et l’artiste d’Erri de Luca est aussi un homme engagé auprès des migrants…

  • Erri De Luca, La nature exposée, trad. par Danièle Valin, Gallimard, 2017
  • Honoré de Balzac, Le chef d’œuvre inconnu, Gallimard, Folio Classique

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les livres avant la séance pour y participer.

L’entrée est libre dans la limite des places disponibles (prix d’une consommation : 3 €)

Exceptionnellement Restaurant Chefs de quartier 12 rue du Jura 75013 Paris
M° Saint-Marcel ou Les Gobelins, bus 91, 57, 67

Comment écrire l’Histoire auprès des « sans voix » : entretien avec Antoine Choplin

A l’heure où on s’interroge, à grands frais médiatiques[1], sur ce que représente « Faire de l’histoire aujourd’hui », Antoine Choplin poursuit, avec discrétion, une aventure littéraire engagée. Il se situe résolument aux côtés de ceux qui, sans sortir de l’anonymat, contribuent à ce que le monde survive au plus terrible : Guernica, la guerre en Tchétchénie, Tchernobyl, Terezin. Ils dessinent, ils peignent, ils photographient, ils conduisent des camions ou ouvrent aux trains les barrières. Et surtout, ils tendent la main à plus démuni qu’eux, et ils saisissent celle que leur offrent des hommes voués à inscrire leur nom dans la grande Histoire tout en faisant résonner au plus juste les idéaux de justice et de dignité.

Tomas Kusar, est un de ces hommes dont la curiosité n’a pas été éteinte par le passage routinier des jours et des trains à la barrière de Trutnov, dans la Yougoslavie des années 1970. Il cultive sa passion pour les arbres dans la forêt qui l’entoure, et particulièrement pour les écorces blessées qu’il photographie avec l’appareil tombé entre ses mains. Il rencontre Vaclav Havel alors que le dramaturge dissident essuie les bancs trempés par la pluie avant une représentation en plein air. Lorsque Tomas et Vaclav discutent, après que le théâtre ait été « vaincu » (des chahuteurs ont obligé les comédiens à quitter la scène), les mots de Tomas touchent Vaclav. L’attention que Vaclav lui porte et sa manière de questionner le monde entrainent Tomas dans la résistance active au régime communiste. Leur amitié sera pour chacun d’entre eux un précieux viatique sur le chemin de la libération de la Tchécoslovaquie, de la présidence pour Vaclav Havel, de la photographie et de Markéta pour Tomas.

Antoine Choplin captive son lecteur avec de petits faits qui tissent avec patience la toile de la grande Histoire. Il dépouille ses personnages de toute surcharge psychologique pour mieux faire ressortir leur profonde humanité. Il décape ses phrases jusqu’à l’os de l’absolu nécessaire.

Comment parvient-il à ce résultat convaincant ?

Antoine Choplin s’est prêté au téléphone au jeu des questions-réponses.

A.A.- Comme les sujets de vos livres s’imposent-ils à vous ?

  • A.C. – Au point de départ, il y a avant tout le désir de retracer un faisceau de trajectoires conduisant une ou plusieurs personnes là où rien ne les prédisposait à aboutir : ni leurs origines, ni les circonstances de leur démarrage dans la vie. Je suis très profondément interpellé par des histoires d’hommes et de femmes confrontés au tragique de la grande Histoire et qui savent trouver en eux-mêmes des moyens, souvent de nature artistique, pour continuer à se tenir debout, dans la dignité. Ils savent susciter des mécaniques fraternelles renforçant leur capacité à résister et ils avancent, en marge des réseaux institutionnels. Je suis convaincu qu’il y a, en chacun, une possibilité créatrice : la possibilité de signer un geste artistique permettant d’affirmer une singularité, en dehors de toute académie. L’art est présent dans tous mes livres, parce que je suis convaincu que les ressources créatives de chacun sont mobilisables, même dans les moments ultimes. C’est ce que l’on lit dans les Lettres à Olga, écrites de sa prison par Vaclav Havel. Ce sont aussi ces boites d’allumettes sculptées dans les camps de concentration, parmi tant d’autres exemples possibles. C’est la quête personnelle que s’invente Tomas Kusar lorsqu’il découvre sa capacité à photographier les « blessures » dans les écorces des arbres.

A.A. – Comment choisissez-vous le cadre de vos livres (Guernica et Picasso pour Le Héron de Guernica, Tchernobyl pour La nuit tombée, la Tchécoslovaquie de Vaclav Havel pour Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar) ?

  • A.C. – La cristallisation qui me met au travail résulte d’un processus intérieur non volontariste. Elle se produit à la suite de la découverte d’un fait, d’une trajectoire historique, parfois à travers les livres, ou après une rencontre ou un voyage (ça a été par exemple le cas pour Tchernobyl). J’ai depuis longtemps une curiosité particulière pour l’Europe de l’Est. Un jour de mon adolescence où mon père m’a en effet emmené, au théâtre de l’Essaion voir Audience et Vernissage, deux pièces de Vaclav Havel, avec Pierre Arditi. Nous avons signé une pétition pour la libération d’Havel, alors en prison. Ça a sans doute été un premier élan vers une conscience politique et vers une curiosité de ce qui se passait dans les pays de l’Est. J’ai ensuite à nouveau croisé le chemin d’Havel dans les années 2000, lorsque j’ai fait la rencontre de Michal Laznovsky et de Bohdan Holomicek. Dramaturge praguois, homme de théâtre et de radio, Michal Laznovsky avait approché Havel à la fin des années 80 et il a appartenu à cette nébuleuse qui se réunissait au Théâtre national de Prague pour réfléchir sur la façon de s’engager et de manifester la rupture avec l’ancien régime[2]. Bohdan Holomicek était un très proche ami de Havel. Né au nord de la République tchèque dans une famille très modeste, il s’est retrouvé dans l’environnement d’Havel au moment de l’adolescence. A la même époque, il s’est retrouvé miraculeusement en possession d’un appareil photo. Il est devenu un grand photographe, invité aux Rencontres photographiques d’Arles en 2009 avec une exposition intitulée « Vaclav Havel, destins complices ». Il est resté ami avec Havel jusqu’à la fin. Il a été une source d’inspiration directe pour le personnage de Tomas. Mais par bien des aspects, il demeure imaginaire (le fait qu’il est cheminot par exemple). Je reste planté du côté de mon imaginaire. Les personnages sont au cœur de la liberté que je m’autorise, même s’ils sont parfois irrigués de quelques rencontres.

A.A. – Comment travaillez-vous lorsque vous avez déterminé le sujet et le lieu. Vous faites beaucoup de recherches ?

  • A.C. – J’ai conscience de la nécessité de l’enquête et de la documentation. Mais je suis également conscient qu’une emprise trop forte du réel historique peut-être une entrave au déploiement de la fiction. Par exemple, j’ai longuement hésité à écrire après mon voyage à Tchernobyl. Le fil de l’imaginaire et de la fiction est difficile à reprendre après un tel voyage. On a un sac à dos lesté par la nécessité d’une parole militante, néfaste à la capacité de faire littérature. Ecrire un roman ce n’est pas du militantisme. J’ai mis plus d’un an avant de me retrouver à hauteur d’homme, de pouvoir entrer en compagnonnage avec le cheminement modeste de mon personnage. La confrontation au réel est nécessaire, mais elle doit être mesurée, tenue à distance.

A.A. Vos personnages gardent toujours une certaine part de mystère. Vous ne poussez pas leur étude jusqu’au bout. Est-ce volontaire ?

  • A.C. – Mon rôle de romancier, d’auteur ne me donne pas un pouvoir de démiurge sur mes personnages. J’entretiens avec eux un rapport de compagnonnage. Il y a certains éléments que je connais d’eux au départ, puis, ils m’en apprennent d’autres. Mais ils gardent leur part d’énigme. Certaines choses me résistent, me demeurent inconnues. Je perçois aussi des choses dont je ne peux parler avec justesse. A commencer par les visages : je ne les décris jamais. Tous mes essais dans ce domaine ont été mauvais. Si je tente de mettre sur le papier le visage que j’ai à l’esprit, j’aboutis à une vision sans épaisseur ni profondeur. Le silence est préférable. Mettre des mots sur la complexité aboutit souvent une simplification dommageable. Elle nuit à la palpitation même des personnages. Ecrire, c’est aussi une histoire de capitulation. Savoir se taire, se retirer. Mon style est issu de cette volonté : ne jamais tricher, ne pas partir dans les effets, éviter ce qui pourrait conduire à un confort du récit, se tenir au plus près de ce que je vois et dans ce que je vois, de ce que je peux dire.

A.A. – Votre manière d’écrire évoque parfois le scénario cinématographique ou le dialogue de théâtre.

  • A.C. – J’ai l’impression d’écrire avec une caméra posée sur l’épaule de mon personnage. Je me glisse à côté de lui, au plus près, pour que mon regard devient presque le sien. C’est ce qui donne sans doute cette dimension visuelle et cinématographique. Pour les dialogues, j’ai beaucoup appris des auteurs américains, et particulièrement de Raymond Carver.

A.A. – La nature est extrêmement présente dans vos romans, particulièrement les arbres. Dans Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar, les érables deviennent presque des personnages à part entière. Pourquoi leur accordez-vous cette importance ?

  • A.C. – Dans les univers mouvants et sombres, marqués par le chaos, la nature, et particulièrement les arbres, apparaissent comme un élément stable, quelque chose d’inaltérable, un recours possible. J’habite en montagne, marcher pour regarder la nature fait partie de mon univers : je suis habité par ça.

Antoine Choplin, Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar, éditions La Fosse aux ours, 224 p., 18 €

Propos recueillis par téléphone par Aliette Armel, le 28 mars 2017

[1] http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20170404.OBS7541/faire-de-l-histoire-aujourd-hui-la-reponse-de-boucheron-a-nora.html

[2] Michal Laznovsky collabore maintenant à la revue Arpentages qu’anime Antoine Choplin dans le cadre du Festival de l’Arpenteur (Les Adrets en Belledonne dans l’Isère).

France Culture : Aliette Armel dans La Compagnie des auteurs à propos d’Albert Cossery

Aliette Armel dans La Compagnie des auteurs à propos d’Albert Cossery (cliquez pour réécouter l’émission)

Matthieu Garrigou-Lagrange a invité Aliette Armel à participer, le mercredi 22 avril, à un hommage rendu par son  émission La Compagnie des auteurs à l’écrivain égyptien Albert Cossery (1913-2008).

Aliette Armel a en effet interviewé deux fois Albert Cossery pour le Magazine Littéraire, (en 1994 et en 2005) et elle a organisé en 1995, une rencontre entre l’auteur égyptien et les lecteurs de la Bibliothèque de Bondy en Seine-Saint-Denis (elle était alors responsable du livre et de la lecture publique dans ce département).
Albert Cossery vivait à Saint-Germain-des-Prés depuis 1945, dans le même Hôtel de la Louisiane. Il écrivait, en français, de rares et merveilleux romans pour célébrer l’existence des « Mendiants et orgueilleux » (Julliard, 1955) : des orientaux se tenant résolument à distance de toute possession, mais aussi de tout autre travail qu’une réflexion distanciée, fondée sur une observation continue du monde, et maniant la dérision comme arme contre les « salauds ».

Étonnamment, la première question de Matthieu Garrigou-Lagrange, a porté sur … les ateliers d’écriture qu’anime Aliette Armel. Il lui a entre autres, demandé si  l’oeuvre d’Albert Cossery lui servait de référence dans le cadre de ses ateliers. Or, les thématiques choisies pour servir de fil conducteur aux séances, ne lui en avait, jusqu’ici, jamais donné l’occasion.
Ce premier article sur le site des ateliers d’écriture est déjà une manière de combler cette lacune, d’évoquer celui que tous ses amis appelaient « Albert », et d’inciter à la lecture de ses livres en commençant par Mendiants et orgueilleux (réédition Joëlle Losfeld, 2013).

Quand le renouveau des cafés littéraires passe par le Café Lire L’Inde !

Quand Laurence Péan consacre 3/4 de pages dans La Croix au renouveau des cafés littéraires, elle cite longuement le Café Lire L’inde en exemple :

« Dans le quartier le plus indien de la capitale, près de la gare du Nord, se tient le café Lire l’Inde. Entre 20 et 35 personnes se pressent dans la salle d’un restaurant, une fois par mois depuis cinq ans : des amoureux de l’Inde, de sa littérature, de sa culture, des curieux aussi. »

 

Cliquez ICI pour lire l’article en entier.

Témoignages sur la résidence de l’été 2016 à Plougrescant

En guise de remerciements, deux des participantes de l’atelier d’écriture de l’été 2016 à Plougrescant m’ont envoyé l’une (Maïté) cette photographie légendée, l’autre (Berthy) ce poème :

« Tout d’elle dans le caillou blanc 

Persiste sur son estran

Tranquille à basse marée

En pleine mer si balloté
Son pays bien attaché
Au labeur de ses poignées
Elle unit l’azur présent
Aux remous salés d’antan. »

(Berthy)

J’en ai été extrêmement touchée…

Florilège…

Au fil de mes lectures…

Des citations pour l’île des mots

« Je suis une île. Mon bateau est une île. La terre est une île de la grosseur d’un pois chiche dans l’infini de l’univers, océan sans frontières, insondable, qui foisonne d’archipels. On ne saura jamais quelle est la source. La source de la source de la source, etc. » Frédéric Jacques Temple, Une longue vague porteuse, Carnet de bord, Actes Sud, 2016, p. 89.

Ateliers d'écriture Paris Bretagne Aliette Armel

Quand le Magazine « Temps libre » interviewe Aliette Armel

 » Aliette Armel publie, aux éditions Albin Michel, « bientôt la retraite », un guide pour vous aider à préparer sereinement cette nouvelle période de votre vie.

En plus de 170 pages, l’auteure, l’auteure, critique au Magazine Littéraire depuis plus de 30 ans, explique comment aborder la retraite avec des conseils qui pourront se révéler très utiles lorsque vous sortirez du monde du travail.

De nombreuses questions et autant d’éléments de réponses apportés par Aliette Armel : comment établir le montant de vos droits à la pension? Comment gérer cette liberté nouvelle? Quels changements dans votre couple? Sont abordés ici de nombreux aspects, tant économiques, que psychologiques et sociologiques.

Celle qui, aujourd’hui, anime des ateliers d’écriture, des cafés littéraires, des stages et donne des conférences, propose une foule d’idées pour occuper votre retraite.

Vous qui êtes actifs, avez soif de voyages et de rencontres, ce livre devrait vous guider vers l’épanouissement lors de cette période de transition. Avec, en bonus, des exemples d’exercices physiques pour se maintenir en forme. Un esprit sain dans un corps sain, en somme.

Ouvrir ce livre donne instantanément l’impression de découvrir un « mode d’emploi du retraité ».

Pour lire l’interview, cliquez ICI !