Un atelier d’écriture en Inde ? Pourquoi ?

Un atelier d’écriture en Inde ? Pourquoi ?

Un atelier d’écriture en Inde ? Une proposition surgie de « l’ancien monde » où le bilan carbone ne préoccupait encore personne ? Non, une démarche consciente, s’inscrivant dans l’exigence d’un sens retrouvé, d’un renforcement de nos capacités à nous concentrer, à nous émerveiller, à saisir la présence des choses et des êtres, à acérer notre regard dans le plaisir et la joie de la découverte du monde indien qui a tant à nous apporter !

Eveiller tous ses sens aux mondes que l’on traverse. Puis, de retour chez soi, porter sur son monde familier un regard plus aiguisé à saisir ce qui passe. Les grands écrivains que sont Jacques Lacarrière (auteur de L’Eté grec et de Chemin faisant) et Nicolas Bouvier (auteur de L’Usage du monde) ont suivi un même parcours de vie : leur aventure a commencé dans un jardin et s’est terminée dans un jardin (en Bourgogne pour Lacarrière ; en Suisse pour Nicolas Bouvier). La moisson engrangée pendant leurs voyages leur a permis de vivre plus intensément le retour dans ce jardin et de faire partager leurs émotions et réflexions à leurs lecteurs.

L’Inde est par excellence la terre où cette ouverture des sens est possible : elle est le lieu où elle s’opère sans que nous l’ayons sollicitée. Si l’on accepte de sortir de la posture du simple touriste qui avale monuments et paysages, se laissant à peine capter par les regards et les sourires, cela se fait.

Alors après plusieurs voyages où j’ai invité des amis à découvrir l’Inde, ses monuments, ses musiques grâce à la complicité de Gilles et Pratap de l’agence « Le monde en un regard », le projet d’un autre voyage s’est imposé, toujours avec « Le monde en un regard ». Un voyage qui irait plus loin, avec un autre cahier des charges : Sortir de l’urgence de voyage, de l’impératif catégorique de ne rien manquer et de ne pas perdre un instant. Faire l’expérience d’une certaine forme de « quotidienneté » en s’attardant dans deux villes, Mysore et surtout Cochin où, depuis des décennies, beaucoup d’occidentaux font leur apprentissage de l’Inde. Sortir de l’ordinaire du touriste pour entrer dans le quotidien du résident provisoire.

En se fixant quel objectif ? Que chacun puisse, au retour, faire partager « son Inde » à travers quelques pages, illustrées ou non, à travers quelques mots, quelques phrases, quelques photographies, quelques croquis ou, plus encore, à travers des textes à l’écriture travaillée.

Préserver « son Inde » : faire qu’elle demeure en soi et pour soi autant que pour les autres, pas comme un amas de souvenirs compacts, de plus en plus évanescents à mesure que le voyage s’éloigne. Créer les conditions pour que chacun, au long du séjour, dépose « son Inde » dans une jarre qui se remplira ainsi d’impressions multiples. Enthousiasmes suscités par découvertes et apprentissages. Instants de plénitude. Saynètes saisies au vol. Moments de rejet ou au contraire de connivence avec l’atmosphère. Traces de l’ivresse suscitée par le mélange des sensations. Évocations de la complicité créée lors de rencontres.
Au retour, les participants pourront puiser dans leur jarre, soit pour écrire un texte plus long et structuré, soit simplement pour faire resurgir des moments de joie et de plaisir, des incidents dont ils pourront rire, des paysages, sources d’émerveillement. Ils se retrouveront en présence de cet autre monde où ils auront accompli un voyage extérieur et intérieur.
Car on ne peut se fier à sa seule mémoire. Ce qui reviendra après, ce sera autre chose que ce qui sera noté sur le moment. Le matériau de base, c’est sur place qu’il faut le réunir.

Lorsqu’on essaie ainsi de « garder mémoire », deux obstacles immédiatement surgissent :
– L’impossibilité de tout noter, de tout accumuler et donc la nécessité de choisir. Ne pas laisser tout se brouiller, en voulant tout saisir et au bout du compte en ne gardant rien. Sélectionner ce qui vaut la peine d’être préservé, en l’encadrant de quelques jalons géographiques, historiques, linguistiques permettant ensuite de le replacer dans son contexte.
– L’impossibilité d’être en même temps dans l’état qui permet de vivre pleinement le voyage et dans l’esprit de celui qui note ou photographie. Ce n’est pas la même concentration ni le même abandon. Pour remplir sa jarre, il faut le maximum de temps pour découvrir, explorer, visiter, communiquer, mais aussi un temps pour se poser, pour solliciter et faciliter l’arrivée des mots, construire quelques phrases, garder ce qui, dans la journée, paraît le plus important… Entrer, légèrement, dans le « faire » de l’écriture (poser des mots) par le biais qui correspond le mieux à chacun.

Dans les deux villes où nous séjournerons, Mysore et Cochin, ce voyage ménagera donc des plages de deux heures pour des ateliers d’écriture, pour poser sur le papier ou l’écran des premières esquisses, à partir des propositions que je ferais. Ces propositions seront, plus que jamais, non contraignantes. Des aides, des stimuli. Elles pourront entraîner les participants sur d’autres chemins qu’ensuite ils pourront partager.

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