Vertige de l’eau… Beauté magique d’une surprenante découverte

Vertige de l’eau… Beauté magique d’une surprenante découverte

Ce récit poétique est avant tout celui d’une quête de vérité, d’une plongée et d’une métamorphose. En suivant l’itinéraire de trois femmes, Dora, Théa et Sia. Au fil de l’eau qui porte leurs corps dans la piscine où elles s’entrainent et qui court dans les profondeurs de Sofia (Bulgarie). L’eau… promesse d’une fluidité, d’une immersion, de bleus lumineux, de verts doux mais aussi de reflets réchauffant sa surface de couleurs d’or. Jusqu’au vertige. Que suscitent aussi les aquarelles d’Armelle de Sainte Marie qui enluminent le texte.

La beauté magique d’une surprenante découverte…

J’ai commencé Vertige de l’eau le 31 décembre. Je l’ai achevé le 2 janvier. De part et d’autre de la frontière entre une année déclarée maudite et une autre vouée à l’espérance. 

Je dois sa découverte à Caroline Jacquot Bénichou (Caroline JBen), libraire aux Traversées, en bas de la rue Mouffetard. Sur Facebook, elle poste des suggestions de lecture originales que je suis tentée de suivre. Alors en cette fin d’année, une nouvelle fois, j’ai franchi la porte de la librairie (après quelques minutes d’attente sur le trottoir – joie de voir les librairies dépasser leur jauge de clients autorisés par les dispositions sanitaires ! –) et j’en suis ressortie avec le petit livre précieux qui aurait pu tomber dans l’oubli des sorties confinées du printemps 2020.

Je connaissais les éditions du Chemin de fer : des textes courts, non pas illustrés mais décorés, ornés, enluminés comme dans la tradition moyenâgeuse. Ici c’est Armelle de Sainte Marie qui enveloppe de vapeurs colorées les mots de l’auteure, Zinaïda Polimenova. Sur le web, j’ai appris qu’elle était d’origine bulgare, qu’elle traduisait aussi bien du français au bulgare que du bulgare en français et qu’elle est la responsable administrative du « Centre de recherche HiCSA (Histoire culturelle et sociale des arts) de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ».

Ce qui m’avait d’abord conduite vers le livre, c’était son titre, Vertige de l’eau… L’eau, mon élément… promesse d’une fluidité, d’une immersion, de bleus lumineux, de verts doux mais aussi de reflets réchauffant sa surface de couleurs d’or. La première page a confirmé mon attirance : le livre s’ouvre sur un conte sorti des profondeurs de la mer, au solstice d’hiver, cet instant que j’affectionne, où s’inverse un des mouvements du temps, la durée impartie chaque jour à l’obscurité et à la lumière. Le texte est découpé en 7 chapitres : du lundi au dimanche, du solstice d’hiver au jour de Noël, de la plongée dans le noir à la naissance d’une autre lumière. La flèche du temps est, en apparence, suivie de manière linéaire, mais la progression de l’histoire épouse les courbes des vagues, les détours des nuées, la matière insaisissable des buées, des brumes ou de l’eau en fusion.

Tout semble solidement arrimé dans le réel d’un pays en mutation, marqué par la guerre et la dictature, mais aussi, au quotidien, par les préparatifs des fêtes de Noël. Trois femmes, Théa, Dora et Sia, appartenant à trois âges de la vie, fréquentent aux mêmes jours et heures une piscine de Sofia, en Bulgarie. Elles nagent, mais chacune de leur côté. Elles se regardent parfois, mais ne se parlent pas, et si elles se croisent dans d’autres lieux (un hôpital, un musée d’Histoire naturelle), l’une y entre quand l’autre en sort. Leur rencontre n’a jamais vraiment lieu. Alors que c’est elle que, comme dans un roman dit choral, le lecteur est porté à attendre. Le flux de l’écriture est ponctué de suspens discrets, légers – un ou deux par chapitre – mettant en valeur une action, un verbe : apparaître, tenter, continuer, pénétrer, couler… Les humains et les éléments, le plus souvent liquides ou gazeux sont dans un perpétuel mouvement de découverte.

Les vies, de Théa, Dora et Sia, se dessinent, et leurs pans obscurs sortent peu à peu de l’ombre. Mais qui peut s’attendre à la révélation finale ? Elle bouleverse tout autant les personnages que le lecteur fasciné par la douceur des mots et des images qui l’ont saisi jusqu’au vertige, par la maîtrise d’une langue s’autorisant des ruptures poétiques et par l’efficacité d’une construction aussi fluide que l’eau, mais agencée comme une mécanique de précision.

Et le livre refermé, son exergue empruntée à Pascal Quignard prend tout son sens : « Plusieurs vies, aussi vivantes les unes que les autres, s’essaient en nous. » Je vous laisse découvrir comment !

                                                                                     Aliette Armel

Zinaïda Polimenova, Vertige de l’eau, vu par Armelle de Sainte Marie, éditions du Chemin de fer, 14 euros.

Cet article a 2 commentaires

  1. Polimenova

    Merci pour votre très beau texte et votre sensibilité!
    Amitiés,
    Zinaïda Polimenova

  2. Odile Jullien

    Bravo Aliette tu m’as donné envie de le lire, après Perec j’espère que j’aurai le temps de les lire avant la fin du confinement à moins que je prenne goût à la lecture grâce à toi, de toutes façons merci pour tes excellentes critiques.

Laisser un commentaire