Sur les chemins…

Sur les chemins…

Les ateliers d’écriture de l’année 2019-2020 auront pour thème « sur les chemins ». Il ne s’agit pas uniquement de voyage, mais de l’exploration de toutes sortes d’itinéraires, de mises en mouvement physiques et intérieures, avec pour viatique le langage.

« Ô Muse, conte-moi l’aventure de l’Inventif : celui qui pilla Troie, qui pendant des années erra, voyant beaucoup de villes, découvrant beaucoup d’usages, souffrant beaucoup d’angoisses dans son âme sur la mer […] » Odyssée I, 1-4, trad. Philippe Jaccottet

Il s’appelle Ulysse. C’est un des tous premiers personnages de la littérature mondiale. Son errance dessine des lignes, tour à tour droites et courbes, d’une rive à l’autre de la Méditerranée. Il lutte pour survivre, sa fidélité est soumise à bien des épreuves et il marque les siens par son absence, mais il rentre à Ithaque. Des milliers d’hommes et de femmes l’ont suivi, le suivent sur ces routes de l’imaginaire, lisant, écrivant, découvrant, en pensée, les lieux et les figures qu’il rencontre, ou se mettant, physiquement, sur ses traces pour cueillir d’autres fruits de cette errance mythique.

Ecrire… c’est prendre la route. Celle qui s’ouvre devant une page blanche ou un écran encore vierge de toute trace laissée par la course des doigts sur le clavier. Ecrire… c’est s’engager sur un long chemin, pas en marge de la vie : le chemin de la vie même. L’écrit permet d’entrer dans une autre forme de compréhension des êtres et des événements

« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature »Proust, À la recherche du temps perdu

L’écrit permet aussi de garder trace de cette vie en creusant dans une tablette (premier support d’écriture) un sillon (c’est le sens du mot latin versus qui désigne aussi le vers dans un poème). La littérature transmue ces signes en œuvre, investie du pouvoir de traverser les temps humains en influant sur l’imaginaire, l’énergie intérieure, la puissance de réflexion des hommes et des femmes dont elle croise la route.

Depuis l’épopée de Gilgamesh (2 100 avant notre ère) partir sur les chemins pour « en » écrire s’accomplit de mille manières… Emprunter le chemin spécifique du voyage, celui d’Ulysse ou de Don Quichotte (le premier roman moderne), ou les chemins des profondeurs de l’âme humaine explorées par Proust de sa chambre. Accompagner les explorateurs scientifiques à travers leurs carnets de route ou de laboratoire, ou suivre les itinéraires d’hommes ou de femmes en quête d’eux-mêmes, de leurs origines, des vérités qui les concernent, eux et le monde qui les entoure. L’écriture arpente, le présent, le passé, le soi, les paysages, les relations entre les humains, entre humains et non-humains. Elle construit un trajet, celui de l’homme ou de la femme qui a choisi le langage comme outil de compréhension du monde, vecteur de transmission, source de beauté par son travail sur la matière même des mots, l’agencement des vers et des phrases.

Ecrivain, écrivant, qu’importent les hiérarchies formelles ! Pour l’atelier d’écriture, seule compte la capacité à sentir et à faire sentir, le mouvement, le souffle, le rythme. Ils portent le récit ou le poème. Ils les font avancer vers le lecteur. Ils l’accompagnent, un temps, sur son chemin.

Chemins, routes… la littérature contemporaine ne cesse de les emprunter et cette rentrée littéraire 2019 ne fait pas exception à la règle ! Je n’ai eu que l’embarras du choix pour y trouver des exemples à l’appui des thématiques que nous aborderons avec :

1. Sylvain Prudhomme, Par les routes, L’Arbalète – Jack Kerouac, Sur la route, 1957
2. Hélène Gaudy, Un monde sans rivage, Actes Sud – Voltaire, Zadig, 1747
3. Marie Darrieussecq, L’Envers de la mer, POL – W.G. Sebald, Les Emigrants, 1992

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