Sur les chemins – Atelier 3 : Sur les chemins des migrants et des émigrants.

Sur les chemins – Atelier 3 : Sur les chemins des migrants et des émigrants.

À la proposition d’écriture qui suggérait de raconter une scène où un personnage croisait la route d’un migrant, un participant a répondu par l’évocation d’un migrant peu ordinaire… un de ceux qu’on ne qualifie pas ordinairement de migrant mais… comme l’indique le titre de ce texte :

Les migrants. Quels migrants ?

Quand j’étais enfant je passais souvent mes vacances d’été chez ma grand-mère, dans la maison familiale du Limousin, cette région magnifique, enclavée au centre de la France, au sol granitique si pauvre qu’il n’est bon que pour le seigle ou le topinambour. Nous jouions volontiers, mes cousins et moi, avec les fils des métayers voisins, nous partions avec eux dans les prés pour ramener les vaches à l’étable, nous construisions des cabanes dans les arbres avec des planches abandonnées. Qu’elle me parait lointaine cette époque ! Que savent aujourd’hui les enfants de la campagne, autrement que par les images de la télévision ou des beaux livres ? Combien ont vu simplement traire les vaches, ont assisté au vêlage de la génisse, ou encore suivi l’âne qu’on amène à la jument ?.

  Un jour, me promenant par les chemins et les bois, je me suis trouvé face à un petit paysan que je ne connaissais pas. Il était blond comme les blés, parlait mal le français avec un drôle d’accent. J’ai vite su qui il était : Erik van Deelen, le fils du fermier hollandais, qui venait de s’installer dans la ferme voisine. C’était un migrant, comme beaucoup d’autres fraîchement arrivés des pays voisins, surtout la Belgique et la Hollande, en quête de terres plus grandes que chez eux. Ils bénéficiaient d’aides de l’Etat : il fallait enrayer le dépeuplement des campagnes. Mais ils s’intégraient peu à peu complètement. On ne ressentait pas alors le moindre sentiment de rejet à leur égard.

 Aujourd’hui je retourne souvent dans cette campagne profonde, entre montagne d’Aubrac et plateau des Causses, et je me désole chaque année de voir qu’une exploitation de plus a disparu. Les paysans partent encore plus qu’avant, les toitures des granges à l’abandon s’effondrent, les chemins se couvrent de ronces, les écoles se ferment et les presbytères des villages se vendent aux « étrangers ». Les « nouveaux Robinsons » d’après Soixante-huit sont repartis, il n’y a plus de paysans hollandais, mais des Hollandais riches dans leurs résidences d’été.

 Lors d’une de mes promenades je rencontrai le père Galtier, le dernier cultivateur du village. A lui seul il s’occupe de trois exploitations récemment réunies. Il a certes de gros moyens mécaniques, mais il se plaint beaucoup de son sort. Il n’a pas de fils pour lui succéder, il se sent vieux et, bien qu’aimant toujours son métier, il souhaite arrêter lui aussi.

  • Mais qui va travailler la terre après vous si vous partez ? lui demandai-je compatissant.
  • Oh vous savez, je crois bien qu’il n’y aura personne, répondit-il, avec son accent rocailleux. Personne ne s’intéresse à notre métier et le Gouvernement fait tout pour nous faire partir !

Je m’enhardis alors de lui dire que peut-être il faudrait faire venir des Migrants pour que le pays continue à vivre. À ce mot de Migrant il se mit brusquement en colère et d’un ton sans réplique me lança :

  • S’il y en a un qui vient par ici je sors mon fusil tout de suite!

J’ai compris qu’un vent mauvais avez soufflé sur cette terre comme ailleurs.

                                                                                                                                                                      Bernard

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