Sur les chemins – Atelier 2 : Sur les chemins de la science.

Sur les chemins – Atelier 2 : Sur les chemins de la science.

À la proposition d’écriture qui suggérait de suivre les explorateurs des découvertes scientifiques, un participant a répondu par l’évocation des Curieux chemins de la science menant jusqu’à… sa propre naissance !

Les curieux chemins de la science

  La recherche scientifique dans le domaine de la physique nucléaire a des conséquences parfois imprévues. On a dit qu’elle pouvait modifier le génome masculin et conduire à n’engendrer que des filles et non des garçons.

  Le héros de mon histoire s’appelle Julien. C’était un fils de bonne famille, brillant mais sans doute un peu trop effacé, et pour tout dire pas très dans le siècle. Il venait de réussir le concours de l’agrégation de physique et cherchait un laboratoire d’accueil pour se consacrer à la recherche scientifique plutôt que faire une carrière d’ingénieur dans le privé.

  C’était un peu avant la guerre, toutes les grandes puissances se livraient à une course pour parvenir à domestiquer l’atome. Il s’agissait de trouver à terme une autre source d’énergie que le charbon et le pétrole, dont on savait les ressources épuisables, et pour certains pays, sans l’avouer, acquérir l’arme de guerre absolue.

  Voilà un domaine passionnant pour le jeune chercheur, qui a pensé là trouver sa voie. Il se fit connaître de Frédéric Joliot-Curie, professeur au collège de France et prix Nobel de physique à 35 ans, qui accepta de diriger sa thèse. Julien entra ainsi dans le cercle très restreint des physiciens atomistes. Puis la guerre est arrivée, il fallait sous la surveillance de l’ennemi se limiter à des recherches fondamentales, en particulier connaître les conditions de l’enrichissement de l’uranium. Faute de moyens de transport, Julien et ses collègues maniaient les barres d’uranium sans beaucoup de précaution, ils les transportaient sur le porte bagage de leur bicyclette entre le Collège de France et le laboratoire d’Ivry, où venait d’être installé le premier cyclotron.

  En 1939 Julien s’était marié et plus tard un premier enfant était arrivé. Sa femme, intelligente et cultivée ne connaissait rien aux recherches de son mari, mais elle fut pour lui un soutien permanent. Elle était toujours à son chevet quand il travaillait tard après le diner, tout en assurant les tâches ménagères, comme moudre le café le soir avec son vieux moulin à main ou préparer le chocolat pour le lendemain. Le weekend ils allaient marcher en forêt de Fontainebleau pour faire de l’exercice ; en vacances ils partaient camper dans le Massif Central ou fréquentaient les auberges de jeunesse.

  Puis après la guerre, dans le cadre du Commissariat à l’Energie Atomique nouvellement créé, l’équipe de Joliot a eu la charge de réaliser la première pile atomique française expérimentale, au fort de Châtillon. Elle fut appelée du nom très médiatique de Zoé.  Au bout de cinq ans, la pile a bien voulu « diverger », c’était réussi. Pendant ces années-là quatre enfants sont nés successivement : toutes des filles. Voilà pourquoi, moi qui vous écris, je suis le seul garçon de la famille!

                                                                                                                                                      Bernard

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