Quand la poésie ouvre la voie vers la reconstruction

Quand la poésie ouvre la voie vers la reconstruction

Portée par la voix et l’image radieuse et forte de la très jeune Amanda Gorman, la poésie a été au centre de la cérémonie d’investiture de Jo Biden. 

Je vous invite à découvrir son texte puissant, dans la traduction que Cécile A. Holdban et Thierry Gillyboeuf ont offert à tous leurs « amis Facebook ».

CETTE COLLINE QUE NOUS GRAVISSONS
Quand vient le jour, nous nous demandons : où trouver la lumière dans cette ombre qui n’en finit jamais ?
Cette perte que nous portons. Une mer où nous devons patauger.
Nous avons bravé le ventre de la bête.
Nous avons appris que le calme n’est pas toujours la paix, et que les normes et notions de ce qui est “juste” ne sont pas toujours justice.
Et pourtant, l’aube nous appartient avant même de le savoir ;
D’une certaine façon, nous la faisons.
D’une certaine façon, nous avons survécu et assisté à une nation qui n’est pas brisée, mais juste inachevée.
Nous, les successeurs d’un pays et d’une époque où une jeune fille noire filiforme, descendante d’esclaves et élevée par une mère célibataire, peut rêver de devenir présidente, uniquement parce qu’elle se retrouve à déclamer pour l’un d’eux.
Et oui, nous sommes loin d’être impeccables, loin d’être immaculés, mais cela ne signifie pas que nous cherchons à former une union qui soit parfaite.
Nous cherchons à forger notre union avec détermination.
À constituer un pays qui s’engage pour toutes les cultures, couleurs, personnalités et conditions de l’homme.
Et nous levons les yeux non pas vers ce qui se dresse entre nous, mais vers ce qui se dresse devant nous.
Nous refermons l’écart parce que nous savons mettre notre avenir en premier, nous devons d’abord mettre nos différences de côté.
Nous déposons les armes pour tendre les bras les uns vers les autres.
Nous ne recherchons le mal pour personne et l’harmonie pour tous.
Que le globe, à tout le moins, dise que c’est vrai.
Que même quand nous avons été dans la peine, nous avons grandi.
Que même quand nous avons souffert, nous avons espéré.
Que même quand nous avons été fatigués, nous avons essayé.
Que nous serons toujours liés ensemble, victorieux.
Non pas parce que nous ne connaîtrons plus jamais la défaite, mais parce que nous ne sèmerons plus jamais la division.
Les Saintes Écritures nous disent d’imaginer que tout le monde sera assis au pied de sa vigne et de son figuier, et que personne ne leur fera peur.
Si nous devions vivre en accord avec notre temps, la victoire ne se trouvera pas dans le couteau, mais dans tous les ponts que nous avons construits.
C’est une promesse de clairière, la colline que nous gravissons, pour peu que nous osions.
C’est parce qu’être Américain est plus qu’une fierté dont nous héritons.
C’est le passé dans lequel nous entrons et la façon dont nous le réparons.
Nous avons vu une force qui voulait faire voler notre nation en éclats, plutôt que la partager.
Voulait détruire notre pays si cela signifiait retarder la démocratie.
Et cet effort était à deux doigts de réussir.
Mais si la démocratie peut être périodiquement retardée, elle ne peut jamais être définitivement vaincue.
En cette vérité, en cette foi nous croyons, car quand nous avons les yeux braqués vers l’avenir, l’histoire a les yeux braqués vers nous.
C’est l’ère de la juste rédemption.
Nous avions peur de son instauration.
Nous ne nous sentions pas prêts à être les héritiers d’une heure aussi terrifiante.
Mais nous y trouvons la force de créer un nouveau chapitre, de nous offrir à nous-mêmes rires et espoir.
Alors quand nous nous demandions autrefois comment réussir à triompher de la catastrophe, nous affirmons à présent comment la catastrophe peut triompher de nous ?
Nous ne retournerons pas vers ce qui fut, mais nous irons vers ce qui sera : un pays meurtri mais entier, bienveillant mais audacieux, libre et farouche.
Nous ne serons pas encerclés ou arrêtés par l’intimidation parce que nous savons que notre inaction et notre inertie seront l’héritage de la génération suivante, deviendront le futur.
Nos erreurs deviennent leurs fardeaux.
Mais une chose est sûre.
Si nous fusionnons miséricorde et puissance, puissance et justice, alors c’est l’amour que nous léguons et nous changeons le droit d’aînesse de nos enfants.
Laissons derrière nous un pays meilleur que celui qu’on nous a laissé.
Avec chaque souffle de ma poitrine cognant comme du bronze, nous hisserons ce monde blessé vers un autre, merveilleux.
Nous monterons depuis les collines dorées de l’Ouest.
Nous monterons depuis le Nord-est battu par le vent où nos ancêtres ont les premiers fait la révolution.
Nous monterons depuis les villes bordées de lacs des États du Midwest.
Nous monterons depuis le Sud brûlé par le soleil.
Nous allons reconstruire, réconcilier et restaurer.
Et le moindre recoin connu de notre nation, le moindre endroit qui s’appelle notre pays, notre peuple hétérogène et beau émergera, abîmé et beau.
Le jour venu, nous sortirons de l’ombre de la flamme, sans peur.
L’aube nouvelle s’envole quand nous la relâchons.
Car il y a toujours de la lumière pour peu que nous soyons assez courageux pour la voir.
Pour peu que nous soyons assez courageux pour être cette lumière.

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